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DIALOGUE AVEC LES MORTS

VIATIQUE POUR LES LECTEURS

La connaissance du Dialogue avec Staline est une quasi nécessité pour comprendre clairement
le présent travail, il a été publié par le mouvement qui publie ce dernier.

Dans les pages par lesquelles cet écrit s’ouvre on en dit assez sur le lien chronologique et sur
la nature toute spéciale du « débat contradictoire » que l’on continue ici à développer.

Dans la préface de 1953 du Dialogue avec Staline nous avons clairement présenté les trois
périodes de cette opposition ancienne et profonde.

Dans la première période, qui alla de 1918 à 1926, on peut dire qu’il s’agissait d’une
divergence sur la tactique, au sein d’un mouvement qui tendait au même but, de la Troisième
Internationale Communiste, fondée sur les ruines de la Deuxième tombée dans l’opportunisme social-
patriote, sous l’impulsion de la Révolution russe d’Octobre 1917. L’aile gauche du socialisme italien,
dont nous dérivons, dans la guerre et l’après-guerre, lutta, à partir de 1914, pour rompre avec toute
version démocratique et pacifiste du socialisme et couronna sa lutte par la fondation à Livourne en
janvier 1921 du Parti Communiste d’Italie. Au sein du mouvement international ce courant soutint des
thèses qui divergeaient de celles de l’Internationale Communiste et de celles de Lénine lui-même,
quant à la tactique parlementaire et à celle tendant à mettre en déroute les partis ouvriers
opportunistes ; ce courant niait que la méthode de ce que l’on appelait alors le front unique, et pire la
méthode du gouvernement ouvrier, étaient aptes à cette fonction de dispersion.

Ce bagage de contributions qui contenaient une dénonciation explicite des dangers de
dégénérescence eut pour étapes les congrès de Moscou de 1920 à 1926 et les congrès du parti italien à
Rome en 1922 et à Lyon en 1926.

Dans une deuxième période, après 1926, la divergence se développa jusqu’à la séparation
organisationnelle et politique au cours de laquelle l’opposition de gauche fut partout fièrement battue,
alors que ses prévisions d’involution de la majorité au pouvoir en Russie, en Europe et en Italie se
trouvaient gravement confirmées. En Russie, la fausse théorie de la construction de la société
socialiste russe sans révolution prolétarienne mondiale et en dehors de celle-ci l’emportait, et
l’opposition, qui sur ce point et d’autres restait fidèle aux traditions des bolcheviks et de Lénine,
succombait diffamée et exterminée. En Europe l’arrêt de la vague révolutionnaire et la consolidation
insolente du capitalisme avaient comme conséquence défaitiste et lâche le passage des communistes
dans les rangs des blocs comportant des partis et des classes non prolétariens, non pas avec pour
objectif de renverser la bourgeoisie, mais pour sauver la démocratie libérale bourgeoise.

Dans une troisième période, avec la deuxième guerre mondiale, il fut clair que le désaccord
s’était élargi jusqu’à devenir un abîme infranchissable de doctrines et de principes, avec le reniement
total de la part du Kremlin, et de ses agrégats extérieurs, du marxisme révolutionnaire, notamment des
principes fondamentaux défendus et revendiqués après la première guerre mondiale par ceux qui
luttaient comme Lénine et avec lui 1. Les partis étrangers furent jetés dans la collaboration sociale-
nationale, dans une première phase en Allemagne, dans une deuxième en France, en Angleterre et en
Amérique. La consigne de Lénine revendiquant le défaitisme dans tous les pays impérialistes
belligérants et le renversement

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